82ème ANNIVERSAIRE DE LA LIBÉRATION DE PARIS

25 août 1944 – 25 août 2026

Mesdames, Messieurs,

Chers collègues, chers camarades,

Nous sommes réunis aujourd’hui, mardi 25 août 2026, pour rendre hommage aux agent-es de l’AP-HP mort-es dans l’exercice de leurs fonctions et engagé-es dans la Résistance pour la Libération de notre pays, la France. Nous voulons, au nom de l’USAP CGT, porter et saluer la toujours nécessaire action de « RÉSISTANCE ! » pour nos Libertés et nos Conquis Sociaux, obtenus après-guerre par les Résistants de notre pays.

Si nous sommes ici en ce 25 août, c’est bien pour honorer celles et ceux qui ont payé de leur vie leur engagement.

Il y a 82 ans, les cloches de Notre-Dame sonnaient à toute volée, les drapeaux tricolores flottaient aux fenêtres, Paris retrouvait sa dignité après quatre années d’occupation nazie, de persécutions et de souffrance.

Mais derrière les images de liesse, il y eut le prix du sang, celui des combattants de la Résistance, des soldats de la 2éme Division Blindée du général Leclerc, des civil-es parisiennes qui s’étaient soulevés, et de toutes celles et ceux qui avaient refusé la résignation.

Il faudra néanmoins attendre le 8 mai 1945, date officielle de la capitulation de l’armée nazi, pour mettre fin à la guerre sur le continent européen.

Puis plus tard, l’effroyable déferlement des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki les 6 et 8 août pour marquer la fin de la seconde guerre mondiale.

Nous n’oublions pas que la Libération de Paris fut aussi une épreuve sanitaire.

Les combats de rue firent des centaines de blessé-es et de mort-es, les bombardements et les fusillades remplirent en quelques jours les Hôpitaux de la capitale.

Dans ce chaos, l’Assistance Publique joua un rôle héroïque.

Malgré le manque de médicaments, de matériel, et parfois même de nourriture, les

Hôpitaux parisiens accueillirent sans relâche blessés, résistants et civils. Médecins, chirurgien-nes, infirmiers-ères, les brancardiers-ères, travaillèrent jour et nuit, souvent sous le feu ennemi, pour sauver des vies. À l’Hôtel-Dieu, à la Salpêtrière, à la Pitié, à Saint-Louis et dans tant d’autres établissements, le personnel hospitalier fit preuve d’un courage silencieux, tout aussi décisif que celui des armes.

L’Assistance Publique devint alors un véritable bastion de solidarité. Les soignant-e-s improvisèrent des salles d’opération dans des caves, organisèrent des réseaux d’entraide au péril de leur vie pour cacher résistant-e-s et la population en danger à cause de leurs origines ou de leur religion.

Leur engagement médical se doubla d’un engagement moral : celui de défendre la vie humaine dans un moment où la barbarie cherchait précisément à l’anéantir.

C’est cette mémoire que nous honorons aujourd’hui. En rendant hommage aux combattant-e-s et aux libérateurs de Paris, nous rendons aussi hommage à ces femmes et à ces hommes en blouse blanche, dont les gestes anonymes ont contribué à la victoire de la Liberté.

Le 25 août 1944 n’est pas seulement la victoire militaire d’une ville libérée. C’est la victoire de la Fraternité sur la peur, de l’Espérance sur la résignation. C’est un héritage vivant, qui nous oblige à combattre le nouveau scénario imposé.

Aujourd’hui, réunis dans le nouveau siège de l’AP-HP, souvenons-nous de nos 38 collègues fusillés par les nazis. Parmi elles et eux, Corentin Celton.

Corentin Celton, infirmier à l’hospice des Ménages, secrétaire général du syndicat CGT de l’Assistance Publique, engagé dans la résistance et militant communiste, qui fut livré à la Gestapo par Serge GAS, directeur général de l’AP, et fusillé le 29 décembre 1943 au Mont Valérien.

On ne pardonne pas !

Pour honorer sa mémoire, et sans doute également pour se faire pardonner son directeur général, l’AP donne son nom à sa dernière affectation. C’est ainsi que l’hospice des Ménages devient l’Hôpital Corentin Celton dès février 1945.

Derrière ce nom, il y en a beaucoup d’autres.

Des femmes et des hommes qui soignèrent, cachèrent, transportèrent, organisèrent et résistèrent.

C’est aussi leur mémoire que nous faisons vivre aujourd’hui.

Cette histoire est également celle de solidarités qui dépassèrent les origines, les nationalités et les religions.

Alors que l’Algérie est sous domination coloniale française, des musulman-nes et des algérien-nes participèrent aux solidarités envers les personnes persécutées.

La Grande Mosquées de Paris accueillit et protégea des résitant-es et des juif-ves persécutée-es. Des certificats attestant d’une identité ou d’une confession musulmane furent utilisés pour tenter d’en protéger certain-es. Le nombre exact de personnes ainsi sauvées reste aujourd’hui discuté.

Juif-ves, musulman-nes, chrétien-nes, croyants ou non, français-es ou étrangèr-es : face à la barbarie, des femmes et des hommes choisirent de s’entraider plutôt que de se diviser.

Trop longtemps restés dans l’ombre, les soldats issues des outre-mer et colonies, la plupart du temps enrôlé de force, doivent retrouver toute leur place dans la mémoire collective.

L’USAP CGT rappelle le rôle essentiel qu’ils ont joué lors cette guerre. Leurs noms doivent être reconnus, préservés et inscrits dans les livres d’histoire.

Leur contribution ne doit être ni effacée ni reléguée au second plan.

Leurs combats et leurs sacrifices appartiennent pleinement à notre histoire commune.

Souvenons-nous également de celles et ceux venu-es de l’étranger pour combattre le fascisme et parfois mourir pour la liberté.

Le soir du 24 août 1944, les hommes de la « Nueve », 9ème compagnie de régiment de marche du Tchad, qui faisant partie de la 2ème division blindée du général Leclerc, furent à l’avant-garde de la deuxième DB dans Paris.

Cette compagnie était composée majoritairement de républicains espagnols, dont beaucoup avaient déjà combattu le fascisme et les forces de Franco pendant la guerre d’Espagne.

Ils espéraient que la victoire contre le nazisme permettrait ensuite de mettre fin à la dictature franquiste.

Cet espoir fut déçu. Franco restera au pouvoir jusqu’en 1975.

Leur engagement et leur participation à la Libération de Paris appartiennent à notre mémoire.

Rendons également hommage aux 23 membres du Groupe Manouchian, engagés dans les FTP MOI, Franc Tireurs Partisans Main d’Œuvre Immigrée.

Commémorer le 25 août 1944, ce n’est pas seulement regarder vers le passé.
C’est transmettre l’histoire de celles et ceux qui ont résisté.
C’est rappeler le prix payé pour nos libertés.
C’est faire vivre les valeurs de solidarité, de Fraternité et de Résistance au fascisme.

A l’heure où certain-es cherchent encore à opposer les travailleuses et travailleurs selon leurs origines, leur nationalité ou leur religion, notre histoire nous rappelle que les grandes victoires se construisent dans l’unité et la solidarité.

Aujourd’hui encore, dans un monde marqué par de nouvelles menaces, les valeurs portées par la Résistance et par ceux qui ont soigné, secouru, protégé, résonnent avec une force intacte. Elles nous rappellent que chaque génération doit à son tour défendre la liberté, la solidarité et la dignité humaine dans une période où le pire est à la porte du pouvoir.

C’est pourquoi, cet été, l’USAP CGT a soutenu la grève des salarié-es du SAMU social.

Combat au combien légitime pour les plus démunis d’entre nous. Combat des collègues pour de meilleures conditions de travail mais avant et surtout pour défendre la dignité des personnes dont ils ont la charge, des personnes dormant dans la rue, privées de tout.

Rappelons-le sans détour : si le fascisme ne s’acharnait pas sur les minorités et les plus vulnérables, l’antifascisme n’aurait aucune raison d’exister. Mais puisque le fascisme opprime, persécute et tue, alors résister n’est pas une option, c’est une obligation morale, un impératif absolu, notre devoir.

Que cette cérémonie nous rassemble dans la mémoire et dans l’engagement. Qu’elle soit l’occasion de transmettre aux jeunes générations ce message : la Liberté n’est jamais acquise, elle se construit et se protège, jour après jour.

Aboutissement de la Résistance, l’insurrection libératrice est décisive dans les conquêtes sociales et démocratiques, sans précédent, des années d’après-guerre, avec l’application d’une partie du programme du Conseil National de la Résistance :

  • L’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ;
  • Le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ;
  • Un plan complet de Sécurité Sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État.

Ne jamais oublier que le programme du CNR affirme « la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression, l’indépendance de la presse à l’égard de l’Etat et des puissances d’argent et la liberté de penser un Etat Providence ».

Le gouvernement provisoire de la Libération va ainsi instaurer :

  • Le droit de vote des femmes le 5 octobre 1944 ;
  • La création des Comités d’Entreprise le 22 février 1945 ;
  • Les ordonnances de la Sécurité Sociale les 4 et 19 octobre 1945 par Ambroise
  • Croizat ;
  • La nationalisation des industries gazières et électriques le 8 avril 1946 par Marcel Paul ;
  • Le statut des fonctionnaires le 5 octobre 1946 par Maurice Thorez.

En ce 25 août, nous demeurons les héritier-ères d’Ambroise Croizat, celui qui s’est épuiser, jusqu’à la mort pour nous offrir une vie meilleure. Nous lui devons la Sécurité Sociale, la dignité dans le travail et la solidarité entre toutes et tous où chacun-e contribue suivant ses moyens et reçoit suivant ses besoins.

Cet héritage n’appartient pas seulement aux livres d’histoire.
Il est nôtre. Il nous appartient de le défendre.

Nous ne pouvons passer sous silence la menace du pire que représente le Rassemblement National et ses marches pieds, porteurs de valeurs de division, d’exclusion et de repli dans des discours de haine et de xénophobie qui ne peut que rappeler, toutes proportions gardées pour l’instant, les discours des années 30 et 40.

Face à cela, l’USAP-CGT réaffirme que l’héritage d’Ambroise Croizat et du Conseil National de la Résistance est celui de la justice sociale et de l’unité d’un peuple. Rien n’est plus étranger à son combat que la haine et le rejet de l’autre.

Défendre leurs conquêtes, c’est refuser le poison de l’extrême droite et porter haut les idéaux d’égalité et d’émancipation, nous sommes toutes et tous leurs héritier-ères.

Que cette cérémonie nous rassemble dans la mémoire mais aussi dans l’engagement.

Qu’elle soit l’occasion de transmettre aux jeunes générations ce message essentiel :

La Liberté n’est jamais définitivement acquise
Elle se construit, elle se défend et elle se protège, jour après jour.

En hommage à nos collègues tombé-es dans les combats de la Résistance et de la Libération, je vous demande de bien vouloir observer une minute de silence.

Paris, mardi 25 août 2026

Partager sur :