Le Bilan financier
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Directrices,
Les représentants du personnel sont appelés à émettre un avis ce matin sur les comptes financier et l’affectation des résultats 2025.
S’il fallait résumer en quelques mots le rapport financier de l’exercice 2025 :
« Tout va bien, ou tout va mieux, l’AP-HP a considérablement augmenté son activité via un « rebond capacitaire », la situation financière est saine, l’endettement est sous contrôle et l’AP-HP améliore ses capacités d’auto-financement et poursuit sa trajectoire pour un retour à l’équilibre ».
Tout va très bien Madame la Marquise.
L’endettement de l’AP-HP progresse de 319 millions d’euros par rapport à 2024 pour arriver à 4,2 milliards d’euros, mais « la dette est saine et ne comprend aucun emprunt structuré dit « toxique » (p 10). « L’AP-HP et son programme EMTN sont notés « A+ perspective stable » par Standard & Poor’s et « Aa3 perspective négative » par Moody’s (Notations à l’égal de l’Etat Français)» (p 19).
Mais en 2026, qui peut encore faire confiance aux agences de notation comme Standard & Poor’s ou Moody’s qui sont à la fois, juge, partie et qui tirent un bénéfice considérable de la dette, pour émettre des jugements sur la santé d’une administration ou d’une entreprise ?
Ils n’ont aucun intérêt à ce que la situation financière de l’AP-HP ne s’améliore : c’est leur gagne-pain ! Cette même Standard & Poor’s, condamnée par plusieurs tribunaux suite à la crise des subprimes de 2008 et qui déclarait « La notation est un art, pas une science » et selon laquelle encore les notations ne sont pas « un exposé des faits » et l’attribution d’un triple A ne signifie pas l’absence d’un risque de défaut.
« C’est le système économique dans lequel l’AP-HP évolue et nous n’y pouvons rien », allez-vous nous répondre. Précisément, si. Le rôle de l’Etat est de financer l’AP-HP et il choisit de la sous-financer. Ce rapport illustre le sous-financement méthodique des activités de l’AP-HP organisé par l’Etat français à travers des Lois de Finances de la Sécurité Sociale chaque année en dessous des besoins sociaux, en dessous du simple maintien de l’existant dans nos hôpitaux.
Ce que ces chiffres illustrent, c’est la braderie des bijoux de famille de l’AP-HP (Victoria, Saint Martin) pour faire face aux dépenses courantes.
Ce que ces chiffres illustrent, c’est l’étranglement budgétaire de notre institution qui se traduit par une pression constante mise à tous les niveaux de l’AP-HP pour réduire les coûts, et principalement les coûts de personnel. Ce rapport est le reflet financier de la dégradation des conditions de travail que nous subissons à l’AP-HP. Derrière les tableurs, la même réalité : travail en sous-effectif quasi quotidiennement, modification des plannings, rappel sur les repos… Tout cela est, malheureusement, le quotidien de beaucoup de nos collègues.
Comment s’étonner alors que les agents s’épuisent, soient arrêtés ou quittent l’AP-HP ?
Les agents eux-mêmes sont considérés comme un coût, qu’il faut chercher à réduire au maximum car la vision qui nous est imposée est celle d’un hôpital entreprise qui se devrait d’être rentable. Alors pour réduire ce « coût », vous avez fait le choix de réduire les effectifs, de les calculer sur des ratios trop justes, qui ne permettent pas de garantir un effectif minimum chaque jour, ce que vous compensez grâce aux heures supplémentaires. A grand renfort de tableaux Excel, tout est calculé, ajusté toujours au plus bas, chronométrés, toujours au plus court… comme si l’urgence ne faisait pas partie de notre quotidien !
Il y a urgence à sortir de cette logique et vision financière de l’hôpital. Les agents, les soignants sont une richesse dont il vous faut prendre soin. Ceci pour leur permettre de retrouver du sens dans leur travail, du temps pour prendre le temps avec les patients, du temps pour échanger entre collègue pour enrichir sa pratique et son expérience.