Discours de la commémoration de la libération de Paris

81ème Commémoration de la Libération de Paris

Réunis ce jour, pour le 81ème anniversaire de la Libération de Paris, en hommage aux Agents de l’AP-HP morts dans l’exercice de leurs fonctions et engagés dans la Résistance pour la Libération de notre pays la France, nous voulons, au nom de l’USAP CGT, porter et saluer la toujours nécessaire action de « RÉSISTANCE ! » pour nos Libertés et nos Conquis Sociaux obtenus après-guerre par les Résistants du pays.

Il y a 81 ans, le personnel de l’Assistance Publique libérait le siège de notre Administration Centrale alors occupé par les forces nazies et leurs collaborateurs.

Devant ce monument aux morts, nous rendons hommage à toutes ces femmes et hommes qui ont fait le choix de ne pas laisser notre pays et sa Capitale aux mains du fascisme et des collaborateurs fascistes de Vichy.

Souvenons-nous de ces femmes et ces hommes qui par leur engagement au sein de la Résistance Française ont permis que vive la France Libre.

Nous pensons aujourd’hui à nos glorieux aînés qui décidèrent dès l’été 1940 de s’engager dans le combat contre l’occupation allemande, diffusant les journaux, tracts ou peignant sur les murs des slogans hostiles à l’ennemi, portant des messages de raison appelant à la PAIX.

Toutes et tous rentraient alors dans l’histoire de la Résistance du pays, toutes et tous au nom d’un idéal qui guidait leurs actions.

Pourtant les risques étaient grands, le danger permanent de se faire arrêter et fusiller, obligeant les résistants à agir dans la clandestinité.

Nous sommes là, réunis, pour leur rendre hommage parce qu’elles et ils décidèrent de se battre pour que notre pays retrouve sa liberté et que cesse la barbarie nazie par tous les moyens.

Nombreux sont tombés.

Jean Pierre Timbaud, Jean Poulmarc’h, Guy Moquet tous exécutés à Châteaubriant, ou encore aux 23 membres du Groupe Manouchian, nos 38 collègues morts fusillés par les nazis, sans oublier Corentin Celton alors Secrétaire général de la CGT de l’Assistance Publique et agent de l’hôpital Saint Antoine.

La CGT AP-HP profite de cet instant solennel dédié à la mémoire du sacrifice de nos anciens, pour évoquer ici le souvenir de deux Résistantes, deux camarades décédées dernièrement, dont une partie de leur vie, de leur combat, a été de défendre notre pays, puis notre Administration l’AP-HP.

Et ceci avec conviction, détermination et fidélité aux valeurs de la RESISTANCE et de Liberté.

Qu’elles en soient ici remerciées et honorées.

Si la première est devenue un personnage public, la deuxième, au destin sans doute plus modeste n’en est pas moins tout aussi méritante.

Nous évoquerons devant vous, tout d’abord Mme Madeleine RIFFAUD, décédée en octobre 2024. Celle-ci au travers de son ouvrage « Les linges de la nuit », paru en 1974, raconte son expérience d’agent hospitalier de l’AP-HP.

Engagée dès ses 18 ans dans un groupe de Francs-Tireurs Partisans, elle deviendra par la suite grand reporter, militante anticolonialiste et poétesse.

Madeleine, en 1974, marquée par l’hospitalisation et le décès de sa mère décide de dénoncer les conditions de travail du personnel hospitalier en France.

Elle passe alors de l’autre côté du miroir en se faisant embaucher incognito comme Agent Hospitalier, tout d’abord à la Pitié Salpêtrière puis à l’Hôpital Henri Mondor.

Si dans son récit, les salles communes datent d’une époque dite « révolue », ces salles ayant disparues, n’en demeure pas moins que Madeleine finit son ouvrage « Les linges de la nuit » par ces mots que je cite : « Le drame de la santé publique en France est un problème général, la pollution venant toujours d’en haut ». Une conclusion malheureusement toujours d’actualité.

Nous tenons également à évoquer ici la mémoire de Mme Simone COUSY, décédée il y a quelques semaines dans sa centième année.

Simone n’avait pas hésité à la fin des années 40, alors jeune adulte, à devenir une combattante dans l’ombre, une de celle dont l’histoire n’a pas retenu le nom et pourtant essentielle à la victoire contre le fascisme et nazisme.

Simone était une grande militante, engagée, courageuse, généreuse et toujours à l’écoute des collègues et militantes et militants de la CGT.

Son syndicat de l’Hôpital Saint Vincent de Paul lui tenait à cœur. Simone aura été dans toutes les mobilisations et batailles pour la défense de l’AP-HP et de ses hôpitaux.

Madeleine et Simone, deux résistantes qui ne tenaient ni l’une ni l’autre aux honneurs et médailles, tant la défense de la cause sociale et de la santé publique les portaient pour l’intérêt général.

Nos deux résistantes, comme l’ensemble du pays, ont vécu avec allégresse la capitulation de l’armée nazi le 8 MAI 1945, mettant fin à la guerre sur le continent européen. Il faudra attendre l’effroyable déferlement des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki les 6 et 8 aouts pour marquer la fin de la seconde guerre mondiale.

Nos deux femmes résistantes ont œuvré pour que notre Histoire soit portée auprès des agents et de tous nos collègues. Cette date du 8 mai 1945 est un RDV majeur dont on a fêté les 80 ans cette année et qui est fériée depuis la loi d’octobre 1981.

Nous n’oublions jamais, qu’en ce jour de commémoration de Libération de Paris et de sa banlieue, c’est l’occasion de rendre hommage aux femmes et aux hommes qui se sont battu.es pour notre pays et qui ont ENSEMBLE créer le Conseil National de la Résistance, où se discutait, se votait puis s’écrivait un avenir meilleur pour la santé et la vie des citoyens.

La Libération de Paris, avec les résistantes et résistants, a permis des actes fondateurs.

Je pense bien sûr à l’œuvre d’Ambroise Croizat qui avec des milliers de militants fondèrent la Sécurité sociale. Je pense à Maurice Thorez qui fut le ministre fondateur de la Fonction publique en donnant un statut aux fonctionnaires en 1946.

80 ans après la capitulation de l’armée allemande, M. Bayrou, Premier ministre propose la suppression du jour férié du 8 mai 1945. Une provocation de plus à l’histoire de notre pays, un bras d’honneur à la Résistance, aux victimes de l’horreur nazi. Ce n’est pas une erreur, un chiffon rouge pour détourner les yeux de toutes les autres propositions, c’est un choix politique délibéré.

Au moment où des peuples subissent des génocides, ou la guerre fait rage en Europe, effacer la date du 8 mai 1945, c’est effacer des mémoires la lutte contre la barbarie, les idées fascisantes de l’extrême droite collaborationniste en France et dans toute l’Europe.

Nous n’oublions pas et nous refusons la suppression des 2 jours fériés.

La CGT, et particulièrement la CGT au sein de l’AP-HP peut s’enorgueillir d’avoir fait le choix de la Liberté, de la Résistance, de l’Emancipation Humaine pour tous les Humains.

Nous célébrons cette année nos 130 ans. Le travail des historiens est grand ouvert. Nos archives sont ouvertes, nos zones d’ombres comme celles en pleines lumières sont accessibles, disponibles. Une histoire qui aujourd’hui encore amène à polémique.

Effectivement, l’année dernière nous avions évoqué lors de cette même cérémonie, la mémoire de Corentin CELTON, secrétaire générale de la CGT AP-HP, durant l’occupation, dénoncé aux forces françaises par le DG de l’époque M. Serge GAS. Cette version contestée nous amène à nous poser sur ce qui fait « traces », via les documents de police et ce qui fait « oubli », via les informations que possèdent les organisations syndicales et l’Etat.

Une exposition lui rend hommage. Il est indéniable que ce grand dirigeant syndical a été sanctionné avant-guerre parce que communiste et membre de la CGT-U. Il est indéniable qu’il a été renvoyé de l’Assistance Publique parce que cégétiste et communiste et signalé comme tel à l’administration vichiste et à l’occupant nazi. Lui rendre hommage n’est que justice, lui qui fut fusillé au Mont Valérien, le 29 décembre 1943.

Le site du Mont Valérien révèle que Corentin Celton rentre dans la clandestinité en 1940 et organise pendant deux ans les comités populaires dans les services publics. Il assure la liaison entre le syndicat légal de la santé et les syndicalistes hospitaliers entrés en Résistance. La police française l’arrête le 10 avril 1942. En 1943, il est condamné à trois ans de prison et transféré à Clairvaux, puis à Fresnes par les autorités allemandes en septembre de la même année. Le 20 décembre 1943, un nouveau jugement du tribunal militaire allemand de Paris le condamne à mort.

Corentin Celton est fusillé au Mont-Valérien le 29 décembre 1943. Sur le site du Mont-Valérien, vous retrouverez sa dernière lettre écrite de sa main. Je le cite : « Je tiens à vous dire au moment où je vais mourir que j’ai lutté pour un monde meilleur, ce qui reste ma fierté au moment où je vais payer de ma vie mon attachement à mon idéal politique.

« Il ne me coûte pas de mourir puisque j’ai la certitude que la France vivra. »

Cette image d’une France Libre, hospitalière, qui fait rimer Egalité avec Fraternité et Liberté, c’est la France que portait Corentin Celton, Suzanne Couzy, Madeleine Riffaud et tant d’autres. C’est la France qui se réinvente grâce au Conseil National de la Résistance, qui dans l’ombre avait imaginé un programme, un plan complet de Sécurité sociale visant à assurer, à tous les citoyens, « les moyens d’existence dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail ». La Sécurité sociale dont nous fêtons les 80 ans cette année. La CGT appelle à manifester pour sa reconquête et sa pérennité.

Une nouvelle fois la CGT appelle à la RESISTANCE face aux mesures annoncées par le Premier ministre Bayrou, parce qu’il n’est pas possible de perdre nos droits sociaux en envisageant un nombre croissant de jours de carence, un déremboursement des médicaments et consultations, notamment pour les malades en affection de longue durée, le gel des pensions, la suppression des deux jours fériés, la baisse du traitement indiciaire lors des arrêts maladie et la suppression d’un fonctionnaire sur trois, sans oublier gel des rémunérations (point d’indice), la suppression du supplément familial, la monétisation ou suppression de la 5ème semaine de congés payés.

Pour la CGT, il n’est pas question de perdre des droits sociaux.

Nous devons au contraire en conquérir de nouveaux !

Pas de remise en cause des conquis obtenus par nos anciens !

La CGT continue son combat pour un monde meilleur, un monde ou l’hôpital garderait sa place d’offre de soins pour l’intérêt général. C’est pourquoi nous continuons à affirmer et réaffirmer que l’Hôpital Hôtel Dieu doit rester un hôpital public de proximité et non vendu à une société privée pour y installer des commerces et restaurants…

En ce jour particulier, je le dis très solennellement, l’AP-HP doit soutenir ses agents, dont les conditions de travail se détériorent, arrêter ses projets à l’Hôtel Dieu, Raymond Poincaré, Paul Doumer, Bichat-Beaujon…

Nous disons plus que jamais nous avons besoin de Service Public.

Quand tout sera privé, on sera privé de tout !

C’est pourquoi, nous ne voulons pas de la privatisation des services de restauration, de sécurité, de maintenance, de ménage, de parking… La CGT sera encore et toujours présente pour dire STOP au démantèlement de L’Hôpital public et STOP à l’économie de guerre que nous payons de nos propres deniers.

Suffit les cadeaux d’argent public aux entreprises privées.

L’ardoise est maintenant connue grâce au sénateur Fabien Gay : 211 milliards par an d’aides publiques et 80 à 100 milliards d’euros par an d’exonération de cotisations patronales sans aucune contrepartie. En miroir, les malades et les personnels ne coutent pas trop « cher » comparés aux entreprises du CAC 40.

Une autre voie est possible, celle du Partage, de la Solidarité et des Communs.

En hommage à nos collègues tombés dans les combats de la Résistance et de la Libération de Paris, également à nos deux collègues et camarades dont j’ai évoqué le souvenir, je vous demande d’observer une minute de silence.

Nathalie MARCHAND

Secrétaire générale de l’USAP CGT

Partager sur :