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Lettre à l’ensemble de la communauté hospitalière de l’AP-HP à propos du projet de l’Hôpital Nord

CHER(E) COLLÈGUE,

Nous souhaitons vous interpeller sur le projet de l’Hôpital Nord qui poursuit son difficile cheminement administratif et judiciaire.

Après que le tribunal administratif (TA) ait annulé en première instance la déclaration d’utilité publique (DUP), la cour d’appel a considéré qu’il n’était pas de son ressort de juger de cette DUP et a demandé à l’AP-HP de refaire une enquête publique dans les 6 mois.

Cette période doit nous permettre de nous saisir des enjeux majeurs de ce projet qui, en l’état, reste problématique et peu pertinent à plusieurs égards.

La crise COVID qui a vu une mobilisation exemplaire de toute la communauté hospitalière avait fait espérer un « monde d’après » reposant sur d’autres bases que celles de la financiarisation de notre système de santé qui ne permet pas de répondre aux besoins de la population.

Malheureusement, les applaudissements n’ont rien changé et nous sommes revenus au monde d’avant avec une situation encore plus dégradée résultant de la désaffection des personnels (non médicaux et médicaux) vis-à-vis de l’hôpital et ce, essentiellement, en raison de la dégradation des conditions de travail et d’exercice.

La mobilisation (syndicale et citoyenne) pour une remise en cause de ce projet « emblématique » de l’Hôpital Nord s’est développée au fil du temps et a pris de l’ampleur notamment du fait d’un sous-dimensionnement de l’établissement avec la suppression de plusieurs centaines de lits par rapport à l’existant sur les deux hôpitaux Bichat et Beaujon. Dans le même temps, la première enquête publique recueillait plus de 90 % d’avis négatifs.

Trois exemples concrets – entre autres – illustrent l’inadéquation de ce projet aux besoins de santé de la population :

  1. En ce qui concerne les urgences, il apparaît illusoire de pouvoir gérer un flux de 120 000 passages/an (estimation basse au regard de l’évolution démographique prévisionnelle du bassin de vie considéré) avec un aval en médecine très réduit. En effet, plus de 200 lits devraient être supprimés sachant qu’à l’heure actuelle (avec 118 000 passages aux urgences constatés en 2022) de très nombreux patients sont d’ores et déjà transférés à partir des urgences vers d’autres structures de soins. De même, si les lits de soins intensifs et de réanimation sont plus nombreux, comment garantir l’aval des patients vers l’hospitalisation conventionnelle (HC) si celle-ci était significativement réduite ?
  2. L’augmentation des places en ambulatoire ne peut en aucun cas justifier la réduction des lits d’HC. D’une part, les patients seront de fait plus lourds et auront de facto des DMS plus longues et d’autre part, l’aval (là-encore) de l’ambulatoire, en particulier pour les prises en charge les plus complexes (cancers, polypathologies) doit nécessairement être prévu en HC ;
  3. La maternité réduite de moitié dans le futur hôpital imposera aux parturientes des déplacements longs (près d’1 heure) vers d’autres hôpitaux, au demeurant déjà surchargés. Cette situation risque d’être inextricable.

Un autre élément essentiel est la question financière. Le coût du projet dérive aujourd’hui vers les 1,5 milliards d’euros. Au regard de la situation financière de l’AP-HP, de la vétusté de son patrimoine lié à un sous-investissement chronique, est-il raisonnable de se lancer dans une telle opération qui se fera au détriment des travaux nécessaires et des projets immobiliers dans les autres hôpitaux de l’AP-HP ?

La bonne solution, tant au niveau de l’offre de soins que des finances de l’AP-HP, serait d’envisager des alternatives pertinentes à ce projet. La rénovation sur site, par étapes, des hôpitaux Bichat et Beaujon, avec un nouveau projet médical auquel pourrait s’adjoindre des lits de SSR (très déficitaires dans le bassin de vie) et le campus universitaire à Saint-Ouen, pourrait en être une. Cependant, l’AP-HP s’est toujours refusée à l’examen objectif et concerté de ces solutions alternatives et a constamment négligé l’avis des professionnels de santé et de la population. Le principal argument avancé pour fermer des hôpitaux est leur vétusté et la difficulté de les remettre aux normes. S’il est vrai que le sous-investissement chronique a conduit à cette situation, il est faux d’affirmer qu’un programme de rénovation serait irréaliste alors même qu’aucune évaluation indépendante n’en a été faite. Enfin, le projet en l’état se traduira par la suppression d’un nombre conséquent de PNM et de médecins.

Est-ce in fine l’objectif à terme de l’AP-HP en vue de réaliser de substantielles « économies d’échelle » ?

Un sursaut collectif est donc nécessaire pour empêcher la poursuite d’une politique qui risque de fragiliser encore davantage le service public hospitalier alors même que les besoins de santé augmentent et que le bassin de vie considéré est déjà sous doté.

Si vous partagez cette analyse, nous vous invitons à nous le faire savoir par un message à l’adresse suivante comitededefensebichatbeaujon@gmail.com afin qu’ensemble nous puissions faire valoir l’intérêt général sur toute autre considération.

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